Pour quel programme environnemental allez-vous voter le 23 avril ?

Plus que quelques jours avant les présidentielles et, pourtant, le débat de fond reste inaudible. Les affaires financières à droite et à l’extrême droite, les désistements et les ralliements à gauche nous feraient presque oublier que notre vote va sceller le destin de la France pendant au moins 5 ans !

Heureusement, afin que vous puissiez avoir les idées claires dans l’isoloir, on va vous éclairer sur un sujet qui vous est cher, chers lecteurs : le développement durable.

Si le domaine de l’énergie est un élément phare du programme des candidats, on retrouve quelques positions au sujet de l’agriculture ou encore la biodiversité, bien souvent relégués au second plan, mais qui révèlent la sensibilité de chacun…

Les énergies, au coeur du programme environnemental de chaque candidats et aussi le programme environnemental des candidats à l’élection : biodiversité et agriculture, des éléments relégués au second plan

En matière d’énergies fossile, renouvelable et de nucléaire, les candidats prônent tous une société moins carbonée, mais y recourent par des procédés bien différents.

François Fillon propose de renforcer la taxe carbone, de développer le nucléaire et de mettre fin aux subventions des énergies renouvelables. Il entend assurer un prix plancher de 30 euros la tonne de CO2 sur le marché européen. Pro-nucléaire, il considère que le nucléaire est un atout économique stratégique pour l’indépendance de la France et refuse ainsi de fermer les réacteurs dont Fessenheim, s’opposant à la Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV).

Le candidat LR souhaite prolonger la durée de l’exploitation des réacteurs existants de 40 à 60 ans. Son programme s’oriente également sur un fort investissement dans la recherche sur les réacteurs nucléaires de quatrième génération, le stockage de l’énergie nucléaire et les technologies de captage et de stockage de CO2. Concernant les énergies renouvelables, François Fillon souhaite supprimer les aides aux nouvelles installations éoliennes ou solaires, mais entend prolonger le crédit d’impôts, qui serait moins coûteux pour l’État selon lui.

François Fillon met également la protection animale dans son programme, en renforçant le contrôle dans les abattoirs et en protégeant les pollinisateurs. Concernant la situation paysanne, le représentant des Républicains souhaite accélérer le développement des circuits courts et développer une politique de labels pour consolider l’agriculture française. Enfin, sa position économique dominante sur bien des sujets est également présente pour l’environnement, puisqu’il fera de la fiscalité verte un sujet essentiel de son quinquennat.

À gauche et chez les écologistes, Benoît Hamon vise l’objectif de 50 % d’énergie renouvelable dès 2050 grâce à l’investissement public, la réorganisation d’EDF et le développement de projets européens. Le candidat PS entend mettre fin à l’avantage fiscal accordé au diesel et développer des bornes de recharge électrique sur l’ensemble du territoire. La recherche s’axerait sur l’autonomie des batteries pour voiture électrique.

Concernant les centrales nucléaires, il est favorable à une sortie progressive du nucléaire pour privilégier la transition vers les énergies vertes et renouvelables, ainsi qu’à une fermeture des centrales nucléaires les plus à risque et arrivant en fin de vie. Enfin, il met en avant la création d’unités de production d’énergies renouvelables territorialisées et locales sur la base d’un statut de sociétés coopératives d’intérêt collectif.

Benoit Hamon considère que « la question écologique est inséparable de la question sociale » et que « les plus pauvres sont les plus exposés aux risques associés à la dégradation de l’environnement ». Dans son programme, on note sa volonté d’organiser une grande conférence nationale sur l’environnement et la santé avec l’ensemble des acteurs de la société civile. Il souhaite également « mettre la finance au service de la transition écologique » avec une TVA différenciée pour les produits les plus vertueux. On retrouve également la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’obsolescence programmée, la maltraitance animale et les pesticides.

En accord avec Benoit Hamon sur la question du nucléaire, Jean-Luc Mélenchon prône l’abandon progressif et intégral du nucléaire et s’est fixé pour objectif 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050. Martine Billard, en charge du projet écologique de Jean-Luc Mélenchon, explique que « maintenir le nucléaire, c’est au contraire plus coûteux. Les coûts en matière de nucléaire sont systématiquement sous-estimés. Rien qu’en arrêtant le ‘grand carénage’, on fera 100 milliards d’euros d’économies ».

Jean-Luc Mélenchon a basé son programme sur le principe de la « règle verte » qui se définit selon ce dernier comme le fait «  de ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter ». Le candidat de La France Insoumise entend faire adopter une loi-cadre qui engendrerait une « planification écologique, démocratique et articulant les niveaux national et local ». Pour mettre en musique l’ensemble, il propose la création d’une sorte de Commissariat général au plan ayant pour mission de gérer la fermeture des centrales et la gestion des énergies. C’est aussi dans ce cadre qu’il souhaite renationaliser EDF et Engis.

« Réfléchir à une agriculture paysanne c’est réfléchir à l’ensemble du modèle, mais aussi à la condition du paysan et de la paysanne de demain » s’exclame Jean-Luc Mélenchon. Grace à son système de planification, l’insoumis compte organiser 300.000 emplois dans le secteur de l’agriculture en misant, notamment, sur un changement des habitudes alimentaires des citoyens. « La révolution citoyenne commence dans les assiettes, car nous ne pouvons pas continuer à consommer un tel niveau de protéines carnées ». Pour lui, l’offre de produits marins serait une solution pour amener ces protéines et une alimentation davantage végétalisée. Jean-Luc Mélenchon souhaite développer les circuits courts et imposer l’objectif d’une alimentation 100 % biologique locale dans la restauration collective. Enfin, il accorde une place importante au recyclage.

Emmanuel Macron entend, quant à lui, maintenir la loi sur la transition énergétique prévoyant une forte baisse de la part du nucléaire. Modéré sur cette question, il entend respecter les objectifs gouvernementaux en réduisant la part du nucléaire à 50 % d’ici 2025. Pour tenir l’objectif des 32 % d’énergies renouvelables en 2030 dans la consommation d’électricité, le candidat d’En Marche souhaite lancer des appels d’offres pour la production de 26.000 mégawatts, soit l’équivalent de six réacteurs. Concernant les énergies fossiles, le benjamin de la campagne veut poursuivre et aboutir à la convergence de la fiscalité entre essence et gasoil, ainsi qu’aider financièrement les particuliers qui achèteraient un véhicule propre en échange d’un diesel par une prime de 1.000 euros. C’est le retour du bonus-malus à l’achat.

Emmanuel Macron entend fermer en 5 ans des centrales électriques à charbon, mais il ne donne pas de précision sur une potentielle fermeture des centrales nucléaires (hormis celle de Fessenheim) affirmant attendre les conclusions de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) de 2018. Emmanuel Macron veut lutter contre l’exploitation du gaz de schiste et les forages en mer en mettant fin aux permis accordés pour ces explorations d’hydrocarbures dans les eaux territoriales françaises. S’il souhaite stopper la production de gaz de schiste, le candidat entend malgré tout investir dans la recherche publique.

Emmanuel Macron estime que sur 50 milliards d’investissements publics, 15 milliards seront consacrés à la transition énergétique et écologique s’il est élu Président de la République. Comme ses camarades, il veut développer l’économie circulaire. Par exemple, pour lutter contre l’obsolescence programmée, Emmanuel Macron propose de renforcer l’affichage de la durée de vie des appareils électroménagers et souhaite que les professionnels indiquent où trier les produits qu’ils vendent. Pour cela, il entend moderniser les centres de tri en augmentant la taxe sur les activités polluantes, à savoir l’incinération et l’enfouissement.

Pour le candidat d’En Marche, d’ici à 2022, l’ensemble de la restauration collective (cantines et restaurants d’entreprise) devra proposer au moins 50 % de produits biologiques ou locaux. Dans ce cadre, il développera un « Grenelle de l’alimentation avec les acteurs de la filière ». En matière d’agriculture, il entend lancer un plan de transformation agricole de 5 milliards d’euros sur 5 ans afin de moderniser des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal. Par exemple, en 2022, les oeufs de poules en batterie seront interdits à la vente au consommateur. Enfin, Emmanuel Macron parle davantage d’Europe. Il compte mettre en oeuvre un programme européen en développant des sanctions commerciales contre les pays qui ne respectent pas les clauses environnementales.

Marine Le Pen s’oppose à « l’écologie punitive, inutile et couteuse ». Elle veut lancer une deuxième transition énergétique en ayant pour objectif de réduire de 50 % la consommation d’hydrocarbures en 20 ans. Elle n’entend pas abandonner le nucléaire pour cela, mais le sécuriser et le moderniser. Pour cela, elle entend passer par une renationalisation d’EDF qui aurait pour mission de mettre en oeuvre la transition énergétique. La candidate FN se positionne contre la fermeture de Fessenheim et l’exploitation du gaz de schiste. Par ailleurs, elle définit trois priorités concernant les énergies renouvelables : le solaire, le biogaz, le bois-énergie, qu’elle entend développer massivement grâce au protectionnisme et aux commandes d’EDF. Enfin, elle soutient la filière de l’hydrogène.

Marine Le Pen base tout son programme environnemental sur une écologie patriotique ainsi que sur la lutte contre le capitalisme et la mondialisation. On peut lire dans son programme : « La véritable écologie consiste à produire et consommer au plus près et retraiter sur place ». Pour soutenir les paysans et les pêcheurs, elle propose d’appliquer le patriotisme économique aux produits agricoles français à travers la commande publique, d’interdire l’importation des produits agricoles et alimentaires ne respectant par les normes de production françaises et d’imposer une traçabilité totale de l’origine géographique et du lieu de transformation sur l’étiquette.

La candidate FN veut également encourager l’installation de jeunes agriculteurs par le biais d’une défiscalisation durant les premières années. Enfin, on retrouve dans son programme la volonté de faire de la protection animale une priorité nationale et défendre le bien-être des animaux en interdisant l’abattage sans étourdissement préalable.

Aujourd’hui, l’environnement est une part infime des programmes des candidats. Néanmoins, il est de plus en plus pris en compte par ceux ci, et c’est grâce à votre action. Alors, si vous croisez un militant sur votre chemin, n’hésitez plus à lui demander ce qu’il en pense, car c’est par ces petites actions de terrain que la prise de conscience va atteindre nos élites politiques.

Source : consoglobe.com

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