Nous sommes en train de franchir, très rapidement, les barrières qui nous séparent de la destruction de la planète

Au nombre de dix, ces limites visent à déterminer des seuils globaux au-delà desquels les dégradations environnementales planétaires ne permettraient plus aux activités humaines de se poursuivre.

Réchauffement climatique, utilisation des sols, perte de la biodiversité, perte de nutriments dans les sols liée à l'utilisation de phosphore et d'azote : l'activité humaine met en danger l'équilibre de l'écosystème planétaire, nous avertissent les scientifiques.

En 2009, une équipe de chercheurs internationaux faisait date en publiant dans Nature un article intitulé « Un espace sécurisé pour l’activité humaine », dans lequel ils identifiaient et quantifiaient ce qu’ils appelaient des « limites planétaires ».

Au nombre de dix (dont deux regroupées en une), ces limites visent à déterminer des seuils globaux au-delà desquels les dégradations environnementales planétaires ne permettraient plus aux activités humaines de se poursuivre. L’idée est que les conséquences de cette activité humaine pourraient mettre un terme à la stabilité de l’écosystème qu’a connue la planète depuis 10.000 ans, et qui aurait duré encore plusieurs millénaires si la révolution industrielle n’était pas venue chambouler tout cela, écrivait à l’époque l’Institut Inspire.

Concrètement, ces limites consistaient en des seuils appliqués à certaines activités et processus : par exemple, le taux de concentration en CO2 dans l’air.

Les dix limites sont l’érosion de la biodiversité, les changements climatiques, l’acidification des océans, le trou de la couche d’ozone de la stratosphère, les cycles biogéochimiques (azote et phosphore, comptabilisées comme deux limites différentes), l’utilisation de l’eau douce, le changement de vocation des terres, la pollution chimique et la teneur de l’atmosphère en aérosols, cite Planète Viable, qui propose en 2013 un tableau résumant les indicateurs.

Lors de la publication de l’article, les limites de trois systèmes (taux de perte de biodiversité, changement climatique et l'influence humaine sur le cycle de l'azote), avaient déjà été dépassées.

Une mauvaise nouvelle est tombée mi-janvier, dans la revue Science : une quatrième limite a été franchie. Il s’agit de l’utilisation des sols.

Les chercheurs estiment ainsi qu’il faudrait conserver 75 % de couvert forestier dans les zones auparavant forestières. Or, ils estiment qu’au niveau mondial, le taux moyen actuel est  à environ 60 %.

L’utilisation du phosphore dépasse la limite critique

Le taux d’utilisation de phosphore, qui compte comme la moitié d’une limite, a aussi été dépassé. « Le précédent article tirait déjà la sonnette d’alarme concernant le cycle de l’azote, en montrant que nous avions déjà dépassé la limite de l’acceptable, mais il considérait que dans le cas du phosphore, nous nous approchions de la limite sans toutefois la dépasser », explique au Monde Philippe Hinsinger, chercheur (Institut national de la recherche agronomique – INRA) au laboratoire Eco & Sols (Montpellier Supagro, Institut de recherche pour le développement, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, INRA), spécialiste des cycles biogéochimiques et qui n’a pas participé à l’étude.

C’est maintenant chose faite, notamment à cause de l’agriculture intensive. A l'échelle planétaire, « les quantités additionnées d'azote et de phosphore induites par les activités humaines sont si grandes qu'elles perturbent de façon significative les cycles globaux de ces deux éléments importants » expliquent les chercheurs.

Les limites déjà dépassées en 2009

Lors de la première publication de l’étude, le changement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité et le flux d’azote avaient dépassé un seuil ou il risquait de se produire des basculements potentiellement irréversibles.

Ainsi, la perte de biodiversité à l'échelle planétaire est estimée à un niveau 100 à 1000 fois supérieur à une extinction qui pourrait être considérée comme naturelle. Cette perte a un véritable impact sur l’activité humaine, explique Vedura : « l'extinction d'espèces augmente la vulnérabilité d'écosystèmes terrestres et aquatiques, en ayant des effets sur l'acidité de l'océan et le changement climatique », écrit le site.

Concernant le climat, les auteurs estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. Le seuil de 400 ppm a été franchi en 2014, alors que la concentration n’était que de 315 ppm en 1958, quand elle a été mesurée pour la première fois.

Les limites restantes

C’est une bonne nouvelle, mais pour combien de temps ? L’utilisation d’eau douce, l’intégrité de la couche d’ozone et l’acidification des océans sont encore – en moyenne mondiale – sous la barre critique. L’acidification des océans est néanmoins très proche de la limite, observe-t-on.

Pour la pollution chimique et la teneur de l’atmosphère en aérosols, c’est plus compliqué : les chercheurs n’ont pas encore réussi à déterminer des limites.

Si, comme l’écrivait en 2009 Planète viable, « la valeur attribuée aux limites planétaire revêt un aspect un peu arbitraire », le concept a au moins le mérite de faire comprendre que l’on ne peut continuer de détériorer continuellement l’environnement.

0 Commentaires