Les loups comprennent mieux les relations de cause à effet que les chiens

Les résultats des expériences conduites au sein du Centre des Sciences du Loup : il apparaît que les chiens, avec leur domestication, ont perdu au fil du temps des habiletés cognitives innées, mues par l’instinct et la nécessité de survivre dans le milieu naturel.

“Les loups comprennent mieux les relations de cause à effet que les chiens” Cette affirmation étonnante est le résultat d’une étude scientifique menée par le “Wolf Science Center”, le Centre des Sciences du Loup, en Autriche. Après divers tests et expériences menés sur des loups et des chiens placés dans la même situation et le même environnement, il apparaît que les loups sont plus habilités à réfléchir de façon autonome et d’établir une notion de cause à effet. De quoi bousculer quelques préjugés.

L’étude menée par une équipe internationale de chercheurs sur les sciences naturelles venant d’Autriche, des Pays-Bas, d’Allemagne et d’Angleterre, a été publiée dans le Scientific Reports. Les résultats des expériences conduites au sein du Centre des Sciences du Loup sont unanimes : il apparaît que les chiens, avec leur domestication, ont perdu au fil du temps des habiletés cognitives innées, mues par l’instinct et la nécessité de survivre dans le milieu naturel.

Le loup serait capable de plus grandes réflexions et capacités de raisonnement que le chien

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Est-ce que la domestication du chien l’a rendu “moins intelligent” ? Non, on ne peut pas l’affirmer. Cependant, il apparaît que le chien, contrairement au loup, ait été conditionné pour recevoir de la nourriture de la part de l’homme sur plusieurs générations. Le loup doit chercher, chasser et réfléchir pour se nourrir. Ainsi, dans une même situation, le loup se montre davantage capable d’établir des réflexions concrètes, d’anticiper les conséquences d’une action précise et surtout de comprendre dans toute son étendue la notion de cause à effet, alors que le chien pas du tout, ou alors partiellement.

Comme l’explique Michelle Lampe, diplômée de l’Université Radboud aux Pays-Bas, “les enfants apprennent le principe de cause à effet très jeune. Par exemple, si vous touchez un fourneau chaud, vous serez brûlés.” Ainsi, le loup semble tout à fait capable d’établir le même niveau de réflexion au quotidien. Ce qui peut sembler anecdotique l’est beaucoup moins quand on songe à toutes les légendes et préjugés qui entourent le loup, justifiant souvent son abatage jusque dans nos contrées européennes.

Une expérience menée sur 14 chiens et 12 loups

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Le test avait pour but d’évaluer la capacité de déduction et de communication de l’animal. Dans l’expérience, deux boîtes hermétiques, opaques et identiques étaient placées côtes à côtes. L’une contenait de la nourriture, l’autre était vide.

Durant la première partie de l’expérience, un humain était présent pour indiquer via un contact visuel, un geste de désignation, et d’autres moyens de communication, quelle boîte contenait de la nourriture. Loups et chiens ont parfaitement réussi l’expérience. Cependant, durant la seconde partie, l’humain n’était plus présent. Dès lors, seul le loup était capable de réfléchir par lui-même et de trouver tout seul quelle boîte contenait de la nourriture. Le chien semblait rester dans l’attente de l’Homme.

Le docteur Juliane Kaminski, de l’Université de Portsmouth, en Angleterre, nous donne son avis : « Dans cette expérience, les loups ont montré une haute compréhension de cause à effet, dont les chiens ont manqué. La façon dont les loups communiquent par le regard était particulièrement intéressante à observer, car ces expériences peuvent aider la science à mieux comprendre par quel processus ces animaux sauvages sont devenus nos compagnons à 4 pattes.”

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D’après le docteur Juliane Bräuer, de l’Institut Max Planck pour la Science de l’Histoire de l’Homme, en Allemagne, “les capacités du loup à comprendre et reproduire les signaux de communication de l’homme, après avoir été sociabilisé, peuvent être une des causes de sa domestication.”

Les auteurs de cette expérience, dont le docteur Zsófia Virányi, de l’Université de Médecine Vétérinaire de Vienne, sont incroyablement satisfaits : “Jamais il n’a été poussé d’expérience entre chiens et loups avec des circonstances aussi identiques, claires et révélatrices. Cependant, nous devons aussi prendre en compte que les loups du “Wolf Science Center” d’Autriche sont sociabilisés à l’homme.” Ce qui rend le résultat de l’expérience plus surprenant encore.

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« Les loups ont dans la Nature un comportement bien plus proche de celui de l’homme que ce que l’on croyait. »

Les loups ont une façon de vivre en communauté très particulière, et la “meute” possède beaucoup de points communs avec une famille humaine mononucléaire standard. Autrement dit, l’organisation d’une meute de loups, généralement constituée de 6 à 10 individus, tourne principalement autour d’un couple, le couple Alpha, aussi les “parents” d’une portée de louveteaux. À côté, les jeunes loups aînés jouent un rôle de protection et d’apprentissage des petits, pendant que le couple Alpha chasse.

Dans la nature et à l’état sauvage, les relations entre les membres de la meute sont mues par le respect que portent les plus jeunes loups aux aînés, ainsi que sur une profonde affection familiale, les membres d’une meute étant généralement tous de la même famille. La hiérarchie dans une même « famille » à l’état sauvage est établie naturellement et n’est jamais remise en cause. Cet esprit « collectif » inné du loup permet au groupe de survivre plus facilement.

Le loup, une espèce en voie d’extinction protégée depuis 1979 par la Convention de Berne…

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Mais la cohabitation avec ce prédateur pose encore de nombreux problèmes pour les Hommes. Tandis qu’il a été réintroduit depuis plus de 20 ans en Pologne et en Allemagne, le loup, ne reconnaissant pas de frontières humaines, est revenu naturellement reprendre ses anciennes terres en France. Quelques 300 individus, principalement présents dans les Alpes et dans les Vosges, ne cessent de déclencher la polémique.

Malgré que de nombreuses études scientifiques et diverses expériences humaines, comme cet alpiniste qui est parti à la recherche des loups en France durant 3 ans, ne cessent de démontrer que le loup est inoffensif pour l’humain, la peur ancrée en nous reste omniprésente. Parfois, cette aversion de l’Homme pour cet animal paraît tout aussi fantasmagorique que lorsque le loup a été prit comme bouc-émissaire et déclaré responsable des feux de forêt qui ont touché la France cet été. En réalité, le loup pose surtout quelques problèmes d’ordres purement économiques, vis à vis des éleveurs notamment.

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Mais cette hystérie collective contre le loup est propre à la France. En Allemagne, où le loup est revenu depuis plus de 20 ans dans la région de Basse-Saxe, la cohabitation entre le loup et l’homme se passe très bien. Dans un récent reportage de Sebastian Koerner diffusé par Arte, nous suivons quotidiennement une meute de loups en Allemagne, qui vit à quelques kilomètres seulement des habitations. Pour les activités pastorales, il a été établit que le loup n’était responsable que d’1% de toutes les pertes, et chaque éleveur est indemnisé par l’État en cas de perte par le loup.

Les mêmes lois existent en France, excepté que l’éleveur est indemnisé dès qu’il n’a pas été possible d’exclure la responsabilité du loup, et ceci même si le troupeau n’était pas du tout protégé, comme nous l’a expliqué Marion Fargier de l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) et membre du collectif CAP Loup lors d’un entretien à propos de l’accusation du loup pour les feux de forêt. Cette exception n’encourage donc personne à mettre en place des éléments efficaces pour préserver à la fois le loup et les troupeaux.

Le loup, un élément absolument nécessaire dans l’équilibre de l’écosystème

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Toutes les sources sont unanimes : la réintroduction du loup dans les zones desquelles il avait été chassé a bouleversé l’écosystème… mais de manière positive ! C’est ainsi que par exemple, la présence du loup dans le parc national du Yellowstone, aux États-Unis, a redonné vie à plusieurs zones “mortes” du parc. En toute logique, le rôle des grands prédateurs (excepté l’Humain) est vital pour les écosystème.

Grâce à la prédation naturelle du canidé, les populations de cervidés (cerfs, chevreuils, daims…) se sont réorganisées autrement et la surpopulation a été éliminée. La forêt a repris ses droits, et même de nouvelles espèces animales et végétales sont apparus, comme des oiseaux ou des amphibiens, tandis que dans d’autres régions, la taille des arbres a quintuplé en 6 ans depuis que le loup a régularisé la présence des herbivores.

Ainsi, il nous est démontré une fois de plus que le loup est un animal sociable de très grande intelligence, au moins autant, si pas plus, que nos animaux de compagnie. Doué d’une communication développée et d’une grande capacité de réflexion, cet animal encore indompté et emplit de poésie a encore certainement beaucoup de choses à nous apprendre. Enfin, il nous apparaît encore qu’une réelle cohabitation avec lui est non seulement possible, mais aussi souhaitable, en cela qu’elle ne pourrait être que bénéfique à notre environnement.

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