Qualité de l'eau agricole est en question

« Les consommateurs ne se rendent pas compte de la situation car l’eau du robinet est de bonne qualité, souligne Alain Bazot. Or l’eau potable masque la réalité de l’eau souillée de la ressource, qui se raréfie, et qu’il faut dépolluer. Ce qui a un coût. »

Alors que s’ouvre la deuxième phase des Etats généraux de l’alimentation, consacrés notamment à la transition écologique de l’agriculture, l’UFC Que Choisir dresse un bilan « calamiteux » de décennies d’agriculture productiviste sur la ressource aquatique. L’association part en campagne pour réclamer une réforme de la politique publique de l’eau et la stricte application du principe « préleveur-pollueur-payeur ».

Les ressources aquatiques sont dans un état « calamiteux ». Tel est le bilan de l’UFC Que Choisir, qui a publié mardi 17 octobre un rapport sur le sujet, à l’occasion des Etats généraux de l’alimentation. Plus rare, plus polluée, l’eau des rivières et des nappes phréatiques « continue de se dégrader », s’inquiète Alain Bazot, le président de l’association, qui avait déjà alerté sur la situation il y a dix ans. Alors que la quasi-totalité du territoire ont été concernés cet été par la sécheresse et des plans de restrictions d’eau, force est de constater que les désastres environnementaux n’ont pas été enrayés, bien au contraire.

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« Dans la moitié du territoire français, les pesticides sont présents dans les cours d’eau à des doses supérieures à la norme autorisée dans l’eau potable » », pointe le rapport. Cette norme est aussi dépassée dans « le tiers des nappes phréatiques ». Et pire, « les contaminations en nitrates ont progressé ». Et malgré tous les plans, « l’utilisation des pesticides a augmenté de 18 % sur les quinze dernières années », énumère Michel Debiais, administrateur national de l’UFC en charge des questions environnementales. En ligne de mire : des « décennies d’agriculture intensive » et « l’inaction des pouvoirs publics ».

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« Les consommateurs ne se rendent pas compte de la situation car l’eau du robinet est de bonne qualité, souligne Alain Bazot. Or l’eau potable masque la réalité de l’eau souillée de la ressource, qui se raréfie, et qu’il faut dépolluer. Ce qui a un coût. » Un coût « astronomique », selon Michel Debiais, déplorant que la réparation des dommages environnementaux soit toujours très majoritairement financée par les consommateurs. Via leur facture d’eau, ils « payent 88 % de la redevance ‘pollution’ et 70 % de la redevance ‘prélèvement’, soit 1.9 milliards d’euros par an ». L’agriculture, « pourtant responsable à elle seule de 70 % des pollutions en pesticides, de 75 % des pollutions en nitrates » ne paie que « 7 % de la redevance ‘pollution’ et 4 % de la redevance ‘prélèvement’ », en violation flagrante du principe « préleveur-pollueur-payeur ».

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« Cette injustice correspond à une subvention implicite à l’agriculture intensive », analyse Michel Debiais. Et l’association de conclure que la politique de l’eau dans les régions est « dictée par les intérêts agricoles », ce qui a conduit à « des mesures essentiellement curatives, trop souvent sans chercher à réduire les pollutions à la source, alors même qu’il est 2,5 fois moins couteux de prévenir les pollutions que de dépolluer ».

« On est face à un système à bout de souffle », résume le président de l’UFC Que Choisir, pour qui « les agences de l’eau ont échoué dans leur mission de protection des ressources ». L’association réclame une « réforme urgente » de la politique de l’eau afin de mettre en place des mesures de prévention des pollutions agricoles et d’appliquer strictement le principe « préleveur-pollueur-payeur ». « Faute de réforme, de changement d’orientations et de braquet, force est de déplorer que les dégradations environnementales sont toujours massives », écrit l’organisation. Laquelle appelle les consommateurs à se mobiliser en signant sa pétition et lance une campagne de sensibilisation des parlementaires.

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« On n’accuse pas les agriculteurs. On se bat pour la préservation de la ressource et le changement des pratiques. Mais pour cela, il faut que l’argent de l’eau aille à l’eau », assène Alain Bazot, faisant référence au Projet de loi de finance 2018 qui prévoit de ponctionner le 300 millions d’euros par an, soit 15 % du budget prévisionnel des agences de l’eau pour des utilisations sans lien direct avec la gestion de l’eau.

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