Les scientifiques chinois cultivent les coraux pour les sauvegarder

A l'échelle mondiale, le corail fait vivre 500 millions de personnes, générant des milliards de dollars de revenus dans les secteurs du tourisme et de la pêche. La mer de Chine méridionale représente 2,57% des ressources de coraux sur la planète, se classant à la huitième place mondiale.

Dans une mer profonde et silencieuse, Huang Hui n'entend que les bulles sortir de sa bouteille d'oxygène et ne voit que quelques mètres autour d'elle. Elle se sent petite et isolée.

Mme Huang cultive des coraux de la taille de sa paume sur le plancher océanique, espérant qu'ils deviendront un jour une forêt de coraux.

Si son rêve se réalise, cette forêt sera riche en couleurs et peuplée de poissons.

Cette biologiste spécialiste du corail à l'Institut d'océanologie de la mer de Chine méridionale relevant de l'Académie des sciences de Chine (ASC) étudie les coraux depuis plus de vingt ans. Elle construit actuellement avec son équipe une grande zone pilote et une zone de démonstration pour la culture des coraux en mer de Chine méridionale.

Le corail est considéré comme la forêt tropicale ou le moteur de vie de la mer. Bien qu'il ne couvre que moins de deux millièmes de la superficie du plancher océanique, il est habitat d'environ 30% des espèces marines, faisant des récifs coralliens l'écosystème le plus divers sur la Terre.

A l'échelle mondiale, le corail fait vivre 500 millions de personnes, générant des milliards de dollars de revenus dans les secteurs du tourisme et de la pêche. La mer de Chine méridionale représente 2,57% des ressources de coraux sur la planète, se classant à la huitième place mondiale.

Le corail a besoin de conditions de vie particulières. L'eau ne doit être ni trop chaude ni trop froide, la température idéale se situant entre 23 et 27 degrés. La pression hydraulique ne doit pas être trop élevée, la salinité doit être modérée et stable, et l'environnement propre.

Le corail a une relation symbiotique avec les zooxanthelles, qui vivent au sein des coraux et leur offre nutriments et couleurs. Si l'environnement est inadapté, les zooxanthelles partent, et les coraux blanchissent et meurent.

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La dégradation des récifs coralliens représente un signal d'alarme face au changement climatique. Plus d'un tiers des récifs coralliens au monde sont gravement dégradés.

Les facteurs aggravant la situation comprennent une eau plus chaude, l'acidification de l'océan, la pollution de l'eau de mer, l'augmentation de la radiation aux ultraviolets, les effets destructeurs de la pêche et la construction en haute mer.

Les scientifiques ont prévenu que les coraux risquaient de disparaître d'ici 50 ans, provoquant l'effondrement de l'ensemble de l'écosystème océanique.

Huang Hui se souvient encore de sa première plongée. C'était en 2002 en mer de Chine méridionale. Elle a vu des tapis de coraux, parsemés de poissons, de langoustes, d'holothuries et d'oursins. "C'était stupéfiant et excitant", se rappelle-t-elle.

Son équipe a mené une enquête sur tous les récifs de coraux en Chine. Elle a corrigé des archives et a ajouté des informations. L'équipe a découvert quelque 300 types de coraux dans le pays.

Néanmoins, indique Mme Huang, "Ces dernières années, nous avons constaté le blanchissement et la mort de récifs coralliens à de nombreux endroits, ce qui m'attriste toujours".

Les scientifiques se demandent actuellement si les coraux peuvent être plantés sur les fonds marins comme les arbres sur terre afin d'élargir de manière considérable leur superficie.

Mme Huang et son équipe essaient de planter des coraux à petite échelle depuis 2009. Après de nombreux échecs, ils ont appris petit à petit comment planter divers coraux dans différents environnements sous-marins.

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Mme Huang compare la culture des coraux au reboisement sur terre. Premièrement, on fait pousser un semis en pépinière. Quand le semis devient un jeune arbre, on le replante où il est nécessaire. On cultive d'abord les espèces à croissance rapide, puis les plus résistantes.

Les coraux peuvent se reproduire tant via la propagation sexuée qu'asexuée. Durant la saison de reproduction, les scientifiques doivent travailler plusieurs jours sous la mer afin d'acquérir des oeufs fécondés pour des études approfondies. Ils ont maîtrisé la technologie de fécondation artificielle de plus de dix espèces coralliennes.

Les scientifiques chinois ont également mené des recherches sur la reproduction asexuée. Ils coupent des récifs coralliens en branches de la taille d'un doigt et, après une certaine période de culture, les replantent sur des bancs coralliens artificiels sous-marins.

Ils installent des étagères sur les fonds marins et y suspendent des cordes avant d'attacher des morceaux de corail sur celles-ci afin de former des "arbres coralliens". Ils utilisent également des filets pour créer des lits flottants et plantent des coraux dessus.

"C'est la pépinière. Les semis de corail sont trop jeunes. S'ils étaient plantés directement sur les fonds marins, ils seraient exposés aux perturbations des sédiments et des flux maritimes. Nous attendons donc que les coraux grandissent et les replantons ensuite dans les fonds marins", explique Mme Huang.

"Nous visons à revitaliser l'ensemble de l'écosystème des récifs coralliens. Nous avons donc non seulement besoin de planter des coraux, mais aussi d'algues, de coquillages et d'autres organismes vivant en harmonie", indique Mme Huang.

Cultiver des coraux sous la mer est plus difficile que planter des arbres sur terre. "Nous rencontrons d'importantes difficultés, notamment les dégâts causés par les activités humaines et les typhons. Les coraux nouvellement plantés sont fragiles, et les typhons constituent une grave menace", poursuit-elle.

"Durant les opérations de nuit, il est possible de rencontrer des créatures venimeuses sous-marines, ce qui est plutôt dangereux. Si cela arrive, nous devons adopter des mesures d'urgence", selon le chercheur assistant Yang Jianhui.

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Planter des coraux sous la mer nécessite également une main-d'oeuvre et des fonds abondants, fait remarquer Mme Huang. "Après avoir réussi à planter des coraux, nous devons trouver des moyens de réduire les coûts".

Aujourd'hui, l'équipe de Mme Huang a planté avec succès quelque 100.000 mètres carrés de récifs coralliens. En 2016, le taux de survie des coraux plantés était de 75%.

Les récifs coralliens grandissent très lentement. Les espèces à croissance rapide gagnent environ 10 centimètres par an, tandis que d'autres ne grandissent que de moins d'un centimètre. Il faudra des dizaines voire des centaines d'années pour former une forêt corallienne de grande ampleur.

"Tout en recherchant des moyens de revitaliser l'écosystème corallien, nous devons également renforcer la sensibilisation à la protection de l'environnement afin de limiter les facteurs de dégradation des coraux", ajoute Mme Huang.

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