Bébés nés sans bras dans les Bouches-du-Rhône : « Evidemment qu’on pense à la pollution… »

Trois bébés sont nés sans bras, en 2016, dans trois villes situées dans la zone industrialo-portuaire de l’étang de Berre. La cause est « probablement environnementale », estiment les médecins. Cette région est très polluée…
  • La pollution, très importante dans la zone de l’étang de Berre, est-elle responsable des malformations congénitales dont souffrent trois bébés nés sans bras, en 2016 ?
  • Plusieurs médecins et spécialistes s’interrogent. Il est d’ores et déjà établi que les polluants issus des industries pétrochimiques et portuaires augmentent le risque de souffrir d’un cancer ou de diabète.

La pollution est-elle responsable de malformations congénitales, aux abords de l’étang de Berre ? Plusieurs experts s’interrogent après l’annonce que trois bébés sont nés sans bras en cinq mois, entre juin et novembre 2016, dans trois communes des Bouches-du-Rhône. « Ces cas interrogent, car ils sont porteurs de la même malformation que dans les concentrations de cas déjà repérées, dans l'Ain et en Bretagne », indique à 20 Minutes Emmanuelle Amar, directrice des registres des malformations.

Les médecins ont établi qu’un enfant sur 10.000 souffre d’une « agénésie transverse des membres supérieurs », c’est-à-dire de l’absence de formation d’une main, d’un avant-bras ou d’un bras au cours du développement de l’embryon. Avec trois cas recensés pour 27.000 naissances par an dans les Bouches-du-Rhône, « ce n’est pas une anomalie statistique en l’état », rappelle Emmanuelle Amar, qui dit toutefois « s’alarmer », car « les bébés sont nés sur une période de temps très courte et dans une zone géographique restreinte. » Les trois communes, Septèmes-lès-Vallons, Gignac-la-Nerthe et Vitrolles sont en effet distantes de moins de 30 kilomètres.

« La présence de solvants augmente le risque de malformations »
La zone est par ailleurs connue pour ses très forts taux de pollution, liés aux industries pétrochimiques et portuaires toutes proches. « On a des études là-dessus, on sait que la pollution importante de l’air, de l’eau, que la présence de solvants augmente le risque de survenue de malformations », reprend Emmanuelle Amar, qui rappelle qu’il s’agit seulement, pour l’instant, d’hypothèses. Mais les chercheurs estiment que la cause de ces malformations est sans doute environnementale.

« Evidemment qu’on pense à la pollution ! Le fait que la zone de l'étang de Berre soit fortement contaminée est quelque chose qui nous interpelle », embraye le docteur Annie Lévy-Mozziconacci, généticienne, responsable du laboratoire de diagnostic prénatal à l’Hôpital-Nord de Marseille. Elle estime, comme Emmanuelle Amar, qu’il faut d’urgence systématiser la cartographie des malformations congénitales, afin de déterminer précisément quels sont les facteurs qui provoquent ces maladies. « On sait qu’il y a deux fois plus de diabètes et trois fois plus de certains cancers à Fos-sur-Mer. Est-ce qu’il y a plus de malformations congénitales ? La question est désormais posée », conclut-elle.

Sylvaine Goix, autrice de l’étude Index, qui a établi la contamination des habitants de Fos-sur-Mer, estime aussi « qu’il faut désormais faire des études approfondies pour déterminer si ces malformations sont elles aussi liées à la présence des polluants industriels. Mais on ne peut le faire que s’il y a un registre national. » Le fameux registre que tous les médecins et experts appellent de leurs vœux.

« Vous avez vu où vous habitez ? »
En attendant des statistiques plus complètes, « ces trois cas sont un signe supplémentaire que les choses ne vont pas bien dans le secteur, poursuit l’ancien maire de Fos-sur-Mer René Raimondi, lui aussi interrogé par 20 Minutes. Ce dossier s’ajoute à tous les dossiers existants qui nous font dire que les choses ne sont pas normales, qu’un cocktail polluant est à l’origine de nombreux problèmes. »

Il cite l’exemple d’un nourrisson malformé né à Miramas il y a quelques années : « Quand les parents demandaient d’où cela venait, les médecins leur répondaient : “vous avez vu où vous habitez ?” »

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