Photo : © Blog Etre sensible à son environnement

Nous sommes en 2020 et c’est au tour de la biodiversité de jouir momentanément du regard attentionné si rare de la part d’une civilisation qui jouit sans parcimonie de sa générosité.

Comme les traditionnelles journées du même type, cette journée bénéficie d’une médiatisation exceptionnelle et le message nodal a toujours été le même : « notre environnement va mal. »

Biodiversité : entre surexploitation et inégalités sociales

La biodiversité si riche et généreuse est opprimée par un bourreau qui ne lui est pas étranger. Représentant le vivant sous toutes ses formes animales, végétales et humaines, elle voit se réduire dangereusement, un nombre impressionnant d’espèces et d’habitats naturels, gages de son équilibre. C’est sous la houlette de l’espèce humaine qu’on dit éprise de bon sens que tout se passe. Selon l’Académie des Sciences, la surexploitation des espèces sur les continents et dans les océans, l’agriculture, l’élevage, la déforestation, l’urbanisation et les espèces invasives sont à la base de la dégradation actuelle de la biodiversité. Quasiment toutes ces causes sont liées aux activités humaines. C’est pour cela qu’il est aujourd’hui vital de changer notre façon de consommer, de produire, de commercer et notre conception même du progrès est remise en cause. Depuis Rio en 1992, la notion de développement durable véhicule l’idée d’un progrès socialement équitable, écologiquement soutenable et économiquement efficace. Mais le constat est cousu de fil blanc : seul l’économiquement efficace est le mieux poursuivit. L’écologiquement soutenable est un objectif bien loin des habitudes de consommation actuelles. En 2019 par exemple, le jour du dépassement1 est arrivé plus tôt que l’année précédente car le 29 Juillet déjà, l’humanité avait fini de consommer exagérément toutes les ressources que la Terre était capable de régénérer en une année. Quant au socialement équitable, dire que l’objectif est encore imaginaire serait un euphémisme, à voir les inégalités qui se creusent inéluctablement. Pour preuve, selon le nouveau rapport d’Oxfam2 sur les inégalités mondiales, les richesses des 1% les plus riches de la planète dépassent doublement la richesse de 6,9 milliards de personnes réunies. Par ailleurs, les Nations Unies elles-mêmes rappellent le chiffre de 25 mille représentant le nombre de personnes qui par jour meurent parce qu’elles n’ont rien à manger pendant que 826 millions de personnes vivent avec la faim au ventre. Au Yémen, le Programme Alimentaire Mondial souligne le chiffre de 15,9 millions de personnes en état d’urgence alimentaire. Toutefois, derrière de telles inégalités se cachent les 1,3 milliards de tonnes de nourriture jetées ou perdues chaque année dans le monde.

Notre empreinte écologique est lourde pourtant, les fruits ne profitent pas au plus grand nombre. Les écosystèmes ont été modifié, certains maillons de la chaine alimentaire ont dû s’adapter, d’autres n’ont malheureusement pas survécu à nos ambitions prédatrices. La biodiversité aquatique a été transformée tout simplement en un réceptacle insatiable à ordures.

Focus sur la biodiversité aquatique

La faune aquatique est polluée, asphyxiée, piégée cyniquement mais dévorée telle quelle. Le milieu marin est le siège de tous les déversements toxiques. Et pour attirer notre attention sur la pollution aux hydrocarbures, il y a eu le naufrage du Torrey Canyon dans la Manche en 1967 sur les côtes occidentales britanniques, l’une des plus tristes actualités environnementales. Selon le Cedre, organisme de lutte contre les pollutions aquatiques, plus de 25 mille oiseaux ont péri dans cette marée noire. Ce n’était que le début d’une succession d’empoisonnements chimiques des masses d’eau. Car, malgré cette catastrophe, le trafic délétère a très vite légalement repris. Les rejets accidentels, dissimulés et répréhensibles se sont alors accumulés dans les fonds marins. Le Golfe de Guinée, l’une des régions les plus polluées d’Afrique a pris cher de sa gestion légère en 2006. Le 19 Août 2006, des résidus toxiques sont déversé en quantité suffisante pour rendre malade tout un quartier en quelques heures et intoxiquer la capitale économique ivoirienne en quelques jours. Que de rebondissements pour situer les responsabilités et les impacts réels du désastre écologique en Côte d’Ivoire. Jusqu’aujourd’hui, les malades ambulants se comptent par milliers mais l’affaire reste tout un mythe. En réalité tout ce que nous rejetons inconsciemment ou consciemment dans les océans se retrouve dans nos assiettes. Nous cuisinons nos propres déchets. Le corps humain est devenu tellement fragile ! Nous consommons des ressources halieutiques intoxiquées par nos déchets liquides comme solides à tel point que le plastique se retrouve dans notre organisme. « La plupart d’entre nous avons aujourd’hui dans notre intestin une quantité non négligeable de microplastiques. » affirme le biologiste Jean Weissenbach3. Alors une journée de l’environnement #PourLaNature : de quelle nature s’agit-il ? Des recherches ont prouvé que même les régions terrestres humainement inhabitables contiennent des traces de l’homme. Les scientifiques ont ainsi découvert des traces de gaz carboniques issus des moteurs dans les glaces de l’Antarctique.

Le temps est plus que jamais venu de donner une nouvelle orientation à ce monde en crise mais qui s’entête à poursuivre sa marche inéluctable vers sa fin. La Covid19 ne nous a-t-elle pas assez fait réfléchir ? Allons-nous renouer avec notre monde d’avant ou réfléchirons-nous à un modèle qui nous permettrait de nous soigner sans rendre la planète malade ? Un nouvel avenir est quoi qu’il en soit en construction : cet avenir qui nous sauvera ou nous enfoncera pour de bon.

1 « Jour du dépassement » https://www.footprintnetwork.org/2019/06/26/press-release-june-2019-earth-overshoot-day/ (page consultée le 04/06/2020)
2 « Rapport Oxfam » https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/davos-2020-nouveau-rapport-doxfam-sur-les-inegalites-mondiales/ (page consultée le 04/06/2020)
3 Jean Weissenbach. Dépolluer la planète,2019, p. 29.

Yves-Landry Kouamé
Du blog Etre Sensible à Son Environnement

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