Sébastien Nadot

Né le 8 juillet 1972 à Fleurance (Gers), est un historien, écrivain et homme politique français, membre du Mouvement des progressistes.

Professeur agrégé d'éducation physique et sportive, également docteur en histoire, il a été membre associé du Conseil économique, social et environnemental (CESE), section emploi et travail, de décembre 2015 au 18 juin 2017, date à laquelle il est élu député de la dixième circonscription de la Haute-Garonne. Président du groupe d’amitié France-Québec à l'Assemblée nationale, il est aussi membre de l'Assemblée parlementaire de la francophonie.

Interview avec Sébastien Nadot
Cette interview a été effectuée par Melania Giordano

Quelle est l'origine du conflit ?

Le Yémen est un pays qui n’a jamais véritablement connu de stabilité politique. Quand le Yémen du Nord et le Yémen du Sud (d’orientation pro-soviétique) se réunissent pour former l’actuel territoire de la République du Yémen en 1990, ce sont deux puzzles identitaires et politiques qu’on adosse. Le Printemps arabe de 2011 vient encore grandir l’instabilité du régime, d’autant plus que plusieurs groupes terroristes, dont Al Qaïda (Ansar al-Charia), se sont installés dans la durée au Yémen.

Après le départ négocié du président Ali Abdallah Saleh, en novembre 2011, et l’élection du candidat unique Ali Abderrabo Mansour Hadi en février 2012, le processus de transition politique pacifique s’enraye et débouche sur une guerre civile et sur la prise de la capitale Sanaa par les rebelles Houthis (septembre 2014), à la faveur d’une alliance de circonstance avec l’ex-président Saleh. Le 25 mars 2015, en réponse à l’appel du président Hadi, l’Arabie Saoudite, à la tête d’une coalition de neuf pays arabes, lance une opération militaire pour endiguer l’avancée des Houthis. La guerre fait rage depuis.

Pourquoi tant de pays sont-ils intervenus ?

Ce qui pourrait n’être qu’une guerre civile interne au Yémen a largement mobilisé la communauté internationale. Il y a des enjeux régionaux, notamment d’affirmation de puissance entre Arabie Saoudite et Iran. Il y a des enjeux économiques puisque entreprises de pétrole et gazières sont implantées au Yémen. Il y a des enjeux stratégiques : les cotes et les ports yéménites sont des points de passages obligés du Golfe d’Aden vers la mer rouge, ce couloir maritime entre Golfe Persique, Océan indien et Méditerranée. Les bases militaires dans la région sont nombreuses - Eats-Unis, Chine, France... Enfin, le commerce des armes influe grandement sur les tensions régionales et impliquent par la même toutes les grandes puissances internationales.

Quel peut être le rôle de la France ?

La France a des relations fortes et diversifiées avec l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Membre du Conseil de Sécurité des Nations Unis, l’histoire de la France fait d’elle une caution morale à tout engagement armé. La France, en exerçant une réelle pression sur ses partenaires saoudiens et émiratis, pourrait obliger les acteurs du conflit à se mettre autour d’une table de négociation pour chercher les voies de la paix.

Les graves dommages de cette guerre sur l'environnement ?

Les dommages du conflit sur l’environnement sont très importants. On peut les mesurer à travers Socotra, île du Yémen située dans le nord-ouest de l'océan indien, près du golfe d'Aden. L'archipel de Socotra est exceptionnel de par sa grande diversité de plantes et son taux d'endémisme : 37 % des 825 espèces de plantes présentes, 90 % des espèces de reptiles et 95 % des espèces d'escargots terrestres ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde !

En ce qui concerne les oiseaux, le site héberge des populations importantes au plan mondial (192 espèces dont 44 se reproduisent dans les îles et 85 sont des migrateurs réguliers) dont certaines espèces menacées. La vie marine de Socotra est aussi très diverse, avec 253 espèces de coraux bâtisseurs de récifs, 730 espèces de poissons côtiers et 300 espèces de crabes, homards et crevettes. En raison de sa biodiversité, avec plus de 700 espèces uniques au monde recensées, Socotra a été déclarée réserve de biosphère en 2003 puis inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 2008. Si Socotra est jusqu'à présent exempt de combats et de bombardements, l’île est en proie à l’installation d’une base militaire émirati et ne fait plus l’objet de l’attention nécessaire à un écosystème fragile. Dans sa décision 41 COM 7B.23 du 41ème Comité annuel du patrimoine mondial de 2017, l'Unesco a affirmé sa grande préoccupation à propos de la vulnérabilité du bien face aux pressions exercées par l'utilisation non durable des ressources, l'érosion des sols et la dégradation de l'habitat, qui a probablement augmenté suite à l'impact des cyclones (2008 et 2015). La décision 41 COM 7B.23 demandait également au Yémen de fournir des informations supplémentaires avant le 1er février 2018 sur les projets de développement de Socotra et sur les opérations militaires présumées qui pourraient dégrader sa « valeur universelle exceptionnelle ».

La décision 41 COM 7B.23 appelle aussi tous les États membres de l'Unesco à soutenir les mesures de sauvegarde urgente. Malheureusement, les autorités du Yémen n'ont pas apporté les réponses nécessaires concernant la situation de l'archipel de Socotra. Comme les vies humaines, le patrimoine architectural et historique ainsi que la nature au Yémen sont en danger et l’urgence est là.

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