La plupart des cours d'eau surveillés en France sont pollués par des pesticides

Logique implacable, conséquence du soutien massif de l'Etat et de l'Europe à l'agriculture conventionnelle destructrice des milieux, de la biodiversité et de notre santé : pratiquement toutes les rivières françaises sont contaminées par des pesticides. Tel est l'amer constat établi déjà depuis plusieurs années par le Ministère de l'Environnement alors que la situation ne semble pas s'améliorer.

"Des pesticides sont présents dans la quasi-totalité des cours d'eau français. En 2013, 92 % des points de surveillance font état de la présence d'une au moins de ces substances, les rares bassins exempts de pesticides se concentrant dans les zones montagneuses ou dans les zones dont l'agriculture est peu intensive," indique le récent rapport du Commissariat au Développement Durable

La surveillance de la qualité de nos eaux est établie grâce à 2 950 points de contrôle répartis sur l'ensemble du territoire français. Au total, plus de 400 substances actives ont été retrouvées au moins une fois en 2013 sur les 670 recherchées. Toutes ne sont pas présentes partout, néanmoins, les points touchés font état d'une grande variété de substances : plus de 10 pesticides  différents ont été retrouvés dans près de 60 % des cas.

La présence de pesticides est corrélée à l'agriculture intensive

La répartition géographique des cours d'eau les plus pollués ne laissent aucun doute : seuls les points situés dans les régions à agriculture peu intensive ou à proximité des zones de relief, dans le quart sud-est de la France métropolitaine à proximité des Alpes, en bordure du Massif central, massifs vosgiens et jurassiens et dans les départements d'outre-mer (DOM), à l'exception des Antilles, sont exempts de pesticides.

 

 

Les bassins hydrographiques les plus touchés correspondent aux zones de grande culture, de type céréales et assimilées, comme la Beauce, le Bassin parisien, le Nord-Pas-de-Calais et le centre de la région Midi-Pyrénées. Sont aussi concernés les secteurs viticoles, à l'image du pourtour méditerranéen, ou encore les territoires à filières spécifiques, comme en Martinique, qui subit une pollution historique au chlordécone employé dans les bananeraies, insecticide pourtant interdit d'usage depuis 20 ans.

Heureusement, les trois quarts des petits bassins hydrographiques surveillés présentent des teneurs moyennes en pesticides dans les cours d'eau faibles à modérées (moins de 0,5 microgramme par litre (μg/l). Cependant, de plus en plus d'études montrent que ce n'est pas forcément la "dose qui fait le poison", cela peut même être l'inverse, sans oublier les effets "cocktails" lorsque les pesticides se mélangent...

Quels sont les pesticides les plus présents ?

Les pesticides les plus fréquemment rencontrés sont majoritairement des herbicides en France métropolitaine : ils "cumulent à eux seuls plus de 80 % des détections alors qu'ils ne représentent que 44 % des analyses menées au départ. Les insecticides, plutôt bien recherchés également, sont moins détectés en proportion : 34 % des analyses et à peine 6 % des détections. Quant aux fongicides, s'ils ne représentent que 19 % des analyses, ils sont responsables de 10 % des détections."

Dans les DOM, ce sont surtout les insecticides qui sont détectés, suivis par les herbicides puis les fongicides.

Les 15 pesticides les plus détectés

Les 15 pesticides les plus détectés en 2013 sont quasi exclusivement des herbicides avec, en tête de liste, le glyphosate.

AMPA, principal produit de dégradation du glyphosate
Glyphosate, l'herbicide le plus vendu en France pour les usages usages agricoles et non agricoles.
Atrazine déséthyl, produit de dégradation de l'atrazine
2-hydroxy atrazine, herbicide interdit depuis 10 ans
Métolachlore (herbicide)
S-Metolachlore (herbicide)
DEDIA (herbicide)
Boscalid (fongicide)
Chlortoluron (herbicide)
Isoproturon (herbicide)
Atrazine (herbicide)
Bentazone (herbicide)
Métazachlore (herbicide)
Diuron (herbicide)

Imidaclopride, un insecticide qui fait partie de la famille controversée des néonicotinoïdes, "des insecticides de type neuro-toxiques, caractérisés par une forte toxicité pour les insectes, un spectre d'action large et une forte persistance dans les différents compartiments de l'environnement (air, eau, sols)". Ce pesticide est de plus en plus détecté dans les cours d'eau et a fait son apparition dans le top 15 depuis 2013.

Ce qui en dit long sur la contamination des milieux par les pesticides c'est qu'un tiers de ceux qui font partie de cette liste sont "d'ores et déjà interdits d'usage ou proviennent d'une substance interdite" précise le rapport...

"Les dernières données sur la présence des pesticides dans les cours d'eau montrent qu'il est urgent de modifier les systèmes de culture et de véritablement réduire l'usage des pesticides dans le cadre du plan Ecophyto 2, sinon la qualité des milieux et des ressources servant à produire de l'eau de boisson continuera de se dégrader" a déclaré François Veillerette, porte parole de l'association Générations Futures.

Le cas du glyphosate

Le glyphosate est le principe actif de plusieurs herbicides (dont le Roundup de Monsanto, mais depuis 2000, année de fin du brevet sur cette molécule, de nombreuses autres entreprises commercialisent des herbicides à base de glyphosate). Cette substance active est très controversée : le RoundUp a été classé comme cancérigène probable par le CIRC. Dans le monde, le RoundUp est vendu en complément de plantes génétiquement modifiées (PGM), élaborées pour lui être résistantes. Ainsi, en théorie, les cultures OGM couplées au RoundUP sont capables de s'affranchir de toutes adventices (ou "mauvaises herbes"), la réalité est toute autre. Les Etats-Unis et le Canada sont confrontés à une contamination sans précédent du colza transgénique. Celui-ci envahit rapidement les champs voisins, les bords des chemins et routes. Lorsqu'il est transgénique, il devient quasiment impossible à contrôler puisqu'il est destiné à être résistant aux herbicides. Pire, le colza transgénique a pu se croiser, mutualisant les gènes de résistance à plusieurs herbicides. Il existe ainsi un colza résistant au glyphosate et au glufosinate, deux herbicides très communs.

Si en France la culture d'OGM pour la consommation, reste interdite, le glyphosate est l'herbicide le plus vendu pour les usages usages agricoles et non agricoles. Et loin des idées reçues sur la question, est de plus en plus souvent détecté dans les cours d'eau depuis 2011.

"Dans l'Union européenne, les pesticides sont autorisés pour une période de dix ans. Ce délai, pour le glyphosate, devait expirer en 2012, mais cette molécule reste autorisée le temps de « négocier » son renouvellement pour les dix prochaines années. Si l'ensemble des comités d'experts soulignent des impacts avec le glyphosate sous sa forme commerciale, ils publient cependant des avis divergents sur la molécule de glyphosate elle-même. La décision de renouvellement – ou non - d'autorisation de cette dernière aura bien sûr des conséquences aussi sur les dossiers des plantes génétiquement modifiées (PGM), la majorité d'entre elles ayant été modifiées pour « tolérer » le Roundup." indique Eric Meunier de l'association Inf'OGM.

 

Source : notre-planete.info

0 Commentaires